Kampot, Kep et Phnom Penh

Kampot, Kep et Phnom Penh

Avant d’entamer les deux dernières étapes de ce tour du monde, nous descendons au sud du Cambodge visiter deux jolies villes au bord de la mer, Kep et Kampot, nous régalant de nouvelles spécialités gastronomiques. On se repose une journée sur une petite île au large de l’Océan Indien et quitte le pays pour l’Inde et le Népal, après un passage rapide à Phnom Penh, la trépidante capitale.

En route vers le sud

Pour atteindre le sud du pays, nous embarquons une nouvelle fois dans un taxi collectif, laissant dernière nous le village tranquille de Kompong Chnnang et faisons étape à Phnom Penh, capitale bruyante et embouteillée. Le trajet censé ne durer qu’une heure fut rallongé de deux heures interminables à cause de la circulation à l’allure escargot à l’entrée de la ville. Avant de reprendre le bus pour Kampot, nous avons à peine le temps de manger une soupe de nouilles, qui s’avèrera être exactement cela : des nouilles et du bouillon, rien de plus ! Ah si, j’oubliais une rondelle de carotte cachée sous les nouilles !

Kampot et son poivre

Après une balade le long de la promenade au soleil couchant, nous nous attablons à l’un des restaurants de la baie en nous pourléchant d’avance les babines : Kampot est réputée jusque dans les grands restaurants gastronomiques d’Occident pour son poivre.

Cambodge - Plage Kampot

Chacun commande un plat à base de poivre : steaks pour les garçons, celui de Murvin cuit au barbecue, calamars pour moi. Vianney nous a expliqué que ces plats étaient servis avec du poivre frais, vert, et le sien arrive d’ailleurs accompagné d’un beau bouquet ! En revanche, quand la serveuse apporte les nôtres, on craint qu’il y ait erreur : pas un grain de poivre, de quelque couleur que ce soit ! On n’en revient pas ! Malheureusement, pas de confusion, c’est bien ce que nous avons commandé. Les intitulés des plats n’étaient pas clairs : sauce au poivre, oui, mais moulu ! Nous avalons nos assiettes à la fois déçus et irrités du prix qu’ils osent afficher pour cette sauce insipide – c’est l’addition la plus salée du séjour – et le pire, c’est qu’en sortant de table, nous avons encore faim !

Les marais salants

Le lendemain, une bonne balade à vélo jusqu’aux marais salants nous fait oublier la déconvenue de la veille.

Cambodge - Kampot - Marais salants

Les travailleurs avec qui Vianney discute en khmer lui expliquent la technique. Après avoir inondé le terrain d’eau de mer, il faut attendre quelques jours qu’elle s’évapore avant de récolter le sel. Ils ne travaillent qu’un jour sur trois, nous sommes bien tombés !

Cambodge - Marais salants - Kampot

Cambodge - Recolte sel

Cambodge - Stockage sel

Cambodge - Sel

Comme pour tous les autres métiers manuels rencontrés jusqu’ici, on s’étonne du salaire reversé aux ouvriers. Le premier marais visité paie ses employés en fonction de la quantité de sel récolté ; le suivant ne les paie pas mais leur octroie 50% du sel, qu’ils pourront revendre à leur guise.

Cambodge - Marais salants - Travailleuse

Sur tout le trajet du retour en vélo jusque Kampot, on se fait héler par les enfants. Je suis surprise de cette familiarité avec des étrangers. Le Myanmar était le pays le plus souriant du voyage, le Cambodge est bien l’un des plus accueillants.

Le soir, nous choisissons le seul resto qui affiche en gros « crabe au poivre vert » ! En plus, le crabe vient de Kep, la ville à côté : que du local ! Et cette fois, pas de blague, on a bien le poivre en branche et on se régale. Comme à notre habitude, nous commandons chacun un plat différent que nous nous partageons. Les brochettes bœuf-légumes à la sauce poivre-citron choisies par Murvin sont également excellentes. Une recette de plus à garder en tête pour le retour !

Cambodge - Kampot - Crabe poivre vert

Kep et son crabe

Cambodge - Crabe - Kep

Cambodge - Kep

En fin de matinée, on se rend en tuk-tuk jusqu’à Kep. Son marché est très vivant. On y trouve notamment du poivre (de Kampot !) et toutes sortes de poissons et fruits de mer cuits ou à cuire.

Cambodge - Marche Kep - Poivre Kampot

Cambodge - Marche Kep - Petites crevettes

Cambodge - Marche Kep

Le crabe de Kep est réputé et les clients se pressent devant les paniers qui grouillent. Certains ont les pattes bleues, nous faisant penser aux fous à pattes bleues des Galapagos.

Cambodge - Crabe - Kep

Cambodge - Crabe - Kep

Comme c’est l’heure du déjeuner, on achète un assortiment de calamars, crevettes et poissons grillés qu’on déguste avec du jus de canne et on termine le repas par des gaufres fourrées à la noix de coco. Elles sont cuites dans un moule en fonte placé directement sur le feu, qui me rappelle le vieil appareil de ma grand-mère. La fonte a cet avantage inégalable de faire caraméliser les bords de la gaufre, ce qui rendait les gaufres de Liège de ma grand-mère inimitables ! Dommage que la fonte soit trop lourde à transporter dans mon sac à dos, j’aurais acheté un gaufrier cambodgien sans regarder le prix !

Kep est appelée le « Saint-Tropez » du Cambodge. En effet, à l’époque du protectorat français, la ville était très prisée de la riche société. Laissée à l’abandon pendant la guerre, elle retrouve désormais son cachet d’autrefois et attire notamment des expatriés français. Elle est construite sur une petite bande tout en longueur en bord de mer car la colline qui s’élève derrière est inconstructible depuis son classement au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Cambodge - Plage Kep

Quand nous arrivons à la plus grande plage, nous tombons sur un chantier. Un camion amène du sable plus blanc que blanc et des travailleuses sont occupées à le tamiser ! Vianney suppose que toute cette agitation a lieu en prévision du nouvel an khmer.

Cambodge - Plage Kep - Tamisage sable

Nous profitons ensuite des hauteurs du parc national pour se balader en pleine nature. On n’a malheureusement pas droit aux jolies vues sur l’océan à cause d’un voile brumeux formé par la chaleur au-dessus de l’eau. En face on aperçoit cependant la côte vietnamienne.

Cambodge - Kep - Vue depuis Parc National

Phnom Chhnork

En rentrant vers Kampot, nous bifurquons jusqu’au temple Phnom Chhnork sur un chemin en terre constellé de trous qui sera l’un des plus mauvais du voyage. Le tuk-tuk n’a évidemment aucun amortisseur et nos sauts répétés sur la banquette nous donnent mal au ventre. Il n’y a que huit kilomètres à parcourir, qui nous paraîtront sans fin, mais le temple en valait la peine.

Cambodge - Temple Phnom Chhnork

Il a été construit au VIIe siècle au fond d’une grotte et ne semble pas avoir bougé ! Un énorme stalactite et son stalagmite ont percé le petit temple en son centre.

Cambodge - Phnom Chhnork

Ce stalagmite fait office de linga, la forme phallique de Shiva, auquel le temps est dédié. Ou bien est-ce l’inverse : le temple aurait-il été construit autour de la formation ?

Cambodge - Linga Phnom Chhnork

Cambodge - Grotte Phnom Chhnork

Un passage au fond de la grotte semble rejoindre le parking en contrebas mais sans lampe torche, nous n’osons pas nous aventurer et retournons sur nos pas. La vue depuis la grotte est splendide. La campagne cambodgienne se déploie devant nous au soleil couchant. Et Vianney nous assure que ce spectacle est encore plus joli en septembre, quand les rizières sont vert tendre. On le croit sans peine, et une fois de plus, on se dit qu’il faudra revenir…

Cambodge - Campagne cambodgienne

Cambodge - Vue campagne

L’île du Lapin

Ce jour-ci est un jour différent des autres : c’est mon anniversaire ! Vianney propose qu’on le passe tranquillement à l’île du Lapin, au large de Kep. Comme j’ai attrapé un rhume qui en est à son apogée aujourd’hui, la farniente tombe très bien : je n’aurais pas eu la force d’enchaîner des visites !

Avant de prendre le bateau, nous passons au marché de Kep pour le pique-nique. On achète des petits crabes et on fait le plein de gâteaux : les fameuses gaufres, des galettes frites et caramélisées à base de farine de riz, des gâteaux fourrés de dhal et des crêpes de riz soufflé roulées et farcies de riz gluant. Que des nouveautés pour nos palais qui se révèleront de vrais délices ! Peut-être pourrai-je trouver les ingrédients en France mais il me manquera indéniablement la technique…

Cambodge - Marche Kep - Gateaux

Il y a du monde sur le quai, surtout des « blancs ». Leurs conversations sont souvent en français et on comprend que ce sont des bénévoles ou des expatriés en vacances. La balade en barque n’est pas longue mais le vent et les gouttes projetées à chaque secousse du bateau sur les flots me donnent la chair de poule. Sur l’île, le soleil refait son apparition. Il est même tellement chaud que nous nous installons à l’ombre, sur un transat ou un hamac mis à disposition par les restaurateurs. La journée se passe tranquillement, les uns lisant, l’autre tapant un article…

Cambodge - Ile du Lapin

Cambodge - Repos Ile du Lapin

Cambodge - Crabe et biere

Vianney et Murvin se laissent tenter par un plongeon, en maillot contrairement aux Cambodgiens qui se baignent tout habillés, même s’ils portent un jeans. En les regardant batifoler dans l’eau, on ne peut s’empêcher de les prendre pour les naufragés d’un bateau !

Cambodge - Bain Ile du Lapin

Cambodge - Ile du Lapin - Baignade

Contrairement à mes inquiétudes, il n’y a pas foule et bien que les bateaux étaient tous remplis, il y a bien de la place pour tout le monde. Vianney craignait que l’île se soit transformée en station balnéaire touristique depuis son dernier passage.

Cambodge - Plage Ile du Lapin

Nous sommes soulagés de voir qu’elle a gardé sa simplicité et son charme. Pas de gros hôtels à l’horizon et les prix n’ont pas grimpé en flèche. Mais, pourrons-nous encore l’affirmer dans quelques années ? Il est aussi possible d’y passer la nuit et le réveil au bord de l’eau doit être des plus agréables…

Cambodge - Ile du Lapin - Plage

Nous n’avions pas prévu de rester et le tuk-tuk nous attend à Kep. On dîne à Kampot. Les rouleaux de printemps, même s’ils sont plutôt d’origine vietnamienne que cambodgienne, sont un délice ! Murvin tient à prendre du vin pour l’occasion. Ca nous fait drôle : on n’en a pas bu depuis la Nouvelle-Zélande ! Le Cambodge n’étant pas producteur, nous sommes contraints de choisir un vin qui vient de loin. Reconnaissant le nom d’un domaine, Murvin se décide pour un chilien qui nous ramènera quelques mois en arrière !

Cambodge - Kampot restaurant

Au dessert, j’ai droit à ma bougie d’anniversaire : Vianney avait eu la délicatesse de la demander en khmer à la serveuse, pour me laisser la surprise jusqu’au dernier moment ! On termine la soirée par un skype avec la famille. Dodo à 23h. Ouh là là, ayant adopté le rythme cambodgien depuis deux semaines, on n’a plus l’habitude de se coucher si tard !

Cambodge - Soiree Kampot

Phnom Penh

Le réveil est d’autant plus difficile que pour attraper le bus de 7h, il faut nous lever à l’aube. L’avantage, c’est que nous arrivons en milieu de matinée et pouvons encore profiter de la journée pour visiter. On commence par grimper tout au haut d’un grand centre commercial depuis lequel on a une vue panoramique sur la ville. Deux horribles tours en verre défigurent le paysage composé de vieux bâtiments d’époque coloniale.

Cambodge - Phnom Penh

Vianney nous montre l’emplacement d’un ancien lac, asséché pour de futures constructions. Les habitants qui y vivaient dans des maisons sur pilotis ont été tout simplement expulsés. D’après lui, ces manières sont fréquentes dans le pays.

On passe ensuite au marché central où les vendeurs qui nous interpellent à tout bout de champ me retirent toute envie d’acheter. On marche jusqu’à la pagode Vat Phnom et la stupa qui abrite les cendres du premier roi du Cambodge à choisir Phnom Penh pour capitale.

Cambodge - Phnom Penh - Vat Phnom

On poursuit jusqu’à la promenade qui longe le fleuve Tonlé Sap, s’étonnant de la charge des bateaux qui semblent près de couler ! On continue jusqu’à la statue du personnage complexe du roi Sianouk, au pouvoir durant la période des khmers rouges et dont je vous invite à lire ou relire la biographie fort intéressante.

Cambodge - Phnom Penh - Promenade Tonle Sap

Cambodge - Phnom Penh - Tonle Sap

On termine par le très beau monument érigé à l’occasion des 60 ans de l’Indépendance, qui fait très fort penser à un temple ancien.

Cambodge - Phnom Penh - Independance

Le lendemain, nous passons la matinée au palais royal. Il ouvre ses portes à 8h, nous faisons partie des premiers. Le site est très grand et composé de plusieurs bâtiments dont chacun a sa fonction : la salle du trône, la salle des spectacles, la salle des banquets.

Cambodge - Phnom Penh - Palais royal

Cambodge - Phnom Penh - Palais royal - Salle des banquets

Cambodge - Palais royal

Cambodge - Phnom Penh - Palais royal - Apsara

Une autre salle expose les habits traditionnels de la mariée, une couleur différente pour chaque jour de la semaine.

Cambodge - Couleurs mariage

La pagode d’argent, située dans une enceinte dont les murs sont ornés de fresques, est couverte de dalles d’argent qui pèsent chacune 1 kg ! Dommage qu’elles soient entièrement recouvertes d’un tapis par souci de conservation ! Cette pagode possède une impressionnante collection de bouddhas, de toute taille et toute matière. L’un est incrusté de 9000 diamants dont un à 24 carats. Ce site, bien vert et tranquille, est aussi grand qu’un parc et il est tout aussi agréable de s’y promener.

Cambodge - Phnom Penh - Nenuphar

Cambodge - Phnom Penh - Palais royal - Jardin

Nous poursuivons notre visite de la ville par une touche plus noire : le musée Tuol Sleng, la prison de haute sécurité des khmers rouges, aussi appelée S-21. Cette école reconvertie en camp de torture a retrouvé en un sens sa vocation pédagogique : conserver la mémoire des atrocités subies par des millions de cambodgiens. Les salles de classe avaient été transformées en cellules et un grand lit en fer remplaçait les bancs d’écoliers.

Cambodge - Phnom Penh - S21

D’autres salles ont été divisées en mini-cellules pour des prisonniers moins prestigieux, laissant à peine la place pour une personne couchée.

Cambodge - Phnom Penh - Cellule S21

Des galeries de photos montrent les détenus avant et après détention : leurs corps sont devenus faméliques, ils sont méconnaissables.

Cambodge - Phnom Penh - Camp S21

A l’arrivée des vietnamiens, les seuls survivants furent les sept prisonniers employés au centre de détention. Plus tard, une vingtaine d’autres évadés furent retrouvés et ont pu témoigner. Tous les autres, soit environ 17 000 prisonniers, furent exterminés.

La journée se termine par du shopping au marché russe, appelé ainsi depuis l’époque où les russes y venaient en effet faire leurs courses. Ce marché est très touristique mais les vendeurs sont moins agaçants qu’au marché central. Nous prenons notre dernier repas dans un petit resto de Phnom Penh connu de Vianney. La cuisine mêle des spécialités locales et françaises car la cuisinière est française. Tandis que Vianney choisit une ratatouille, plat qu’il n’a pas l’habitude de manger ici, je préfère une soupe à la citronnelle, qui sera ma dernière avant longtemps !

Cambodge - Phnom Penh - Restaurant

Dans ce tour du monde, le Cambodge est l’un des pays que nous avons réellement découvert comme il se doit : par les yeux d’un local ! Même si Vianney n’est pas khmer, il vit au Cambodge depuis suffisamment longtemps, au rythme et à la manière des khmers et apprécie tellement ce pays et ses habitants qu’on a pu en avoir un aperçu très complet. Merci Vianney !

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5 Comments

  • Hello !
    Votre article me rappelle plein de bons souvenirs de ce pays que j’ai beaucoup aimé : sa capitale Phnom Penh, l’une des rares villes que j’ai appréciées en voyage, Kep et son atmosphère indolente, ses crabes (un pur délice !), l’île aux lapins…
    Par contre je n’ai pas goûté les gaufres à la noix de coco, je le regrette là d’un coup !

    • Hello Nath!
      Tu n’es pas la première à dire que Phnom Penh est une capitale agréable. On en parlait même hier avec un couple de voyageurs tourdumondistes!
      Ah ces petits délices cambodgiens, toujours là pour combler une petite faim dans un taxi collectif…!
      A bientôt,
      Murvin

  • Bonjour! Est-ce qu’il serait possible de connaître vos hôtels et guest house à Kampot, yep et Phnom phen?Merci beaucoup

    • Bonjour Juliette,
      Alors pour Phnom Penh c’était le Grey GuestHouse (Street 111) et pour Kampot, ça s’appelait le Kampot Guesthouse tout simplement. On n’a pas dormi à Kep.
      Par contre ça remonte un peu donc à toi de me dire s’ils existent encore et si c’était bien!
      Bon voyage ou bon tour du monde!
      Murvin

  • Bonjour

    je viens de relire votre carnet de voyages, ainsi que d’autres ; ma décision est prise …avant les *******, je quitterai phnom Penh définitivement après plusieurs années. Trop de changement, des tours vides , le quartier river side vide aussi, une population pas heureuse… ceci fin 2017.

    Gardez bien vos souvenirs, le Cambodge change !

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